Extrait 2

 

Blessée par la vulgaire manœuvre, par tant de bassesses, je souris pourtant intérieurement ; je n’ai pas cédé. Je m’accroche au fil tendu au-dessus de la puanteur des égouts infestés de rats pesteux. Un fil relié à la raison, au beau, au vrai. Au-delà de l’insulte que tout mon être accuse, je garde au fond de moi la force transmise par ceux qui m’ont donné la vie. J’incruste au fronton de ma mémoire leurs mots de braves gens : « La dignité passe par le travail ». Écoper mes fondations de fille de maçon. Conserver jalousement à l’esprit tous mes trésors, toutes ces fleurs dans les yeux des miens, tous nos baisers et actes d’amour. Toute cette lumière de champ de lavande. Parvenir à sublimer. Choper la liane de la dérision et se barrer d’ici vite fait, comme un funiculaire vers ma maison. Pendant que Gambais règle l’addition, je pense qu’il a un point commun avec James Bond, un seul. Celui de transformer un endroit paradisiaque en lieu de chaos.

Extrait 1

 

— Qu’est-ce qui vous arrive ?

— Mon patron veut coucher avec moi.

Je vois bien qu’il ne se dit pas : « Ah ouais, c’est pas une angine, c’est du lourd ». Apparemment impassible, en homme qui en a vu d’autres, sur le même ton, il questionne :

— Vous avez cédé ?

— Non !

— Bon. Ça aurait pu... Alors ? Il n’est pas content ?

— Ah non. Mon refus le rend fou. Du coup, il me maltraite. Il dit qu’il m’aime. En plus, il est sûr que je l’aime aussi, il parle de notre amour...

— Depuis combien de temps vous emmerde cet érotomane ?

— Deux ans et demi.

— Partez.

— Comment ?!

Vautrin ne m’avait jamais servi une phrase aussi longue :

— Croyez-en mon expérience. Il ne s’arrêtera pas. J’en ai vu beaucoup des femmes dans votre situation. Il y en a plus qu’on ne croit. Vous n’êtes pas la seule. Par définition, les harceleurs ne s’arrêtent jamais. En plus, le harcèlement sexuel est très difficile à prouver. Ils s’arrangent pour ne laisser aucune trace matérielle. Vous avez des écrits ? Des témoins ? Une quelconque preuve ?

En me mouchant, je dis non de la tête. Il fait une mimique qui signifie : « Tu vois bien que j’ai raison ».

 

 

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